Quand une même promotion avance à plusieurs vitesses
Un enseignant termine l'explication d'un concept fondamental. Une partie des étudiants a déjà assimilé la notion et attend la suite du cours. D'autres tentent encore de comprendre les prérequis nécessaires pour suivre le raisonnement présenté.
Cette situation est loin d'être exceptionnelle dans l'enseignement supérieur. Elle illustre l'un des défis pédagogiques les plus complexes auxquels sont confrontés les établissements : comment accompagner efficacement des étudiants qui n'arrivent pas avec les mêmes connaissances, les mêmes méthodes de travail ni le même rythme d'apprentissage ?
La massification de l'enseignement supérieur, la diversification des parcours et la multiplication des voies d'accès ont considérablement enrichi les profils étudiants. Mais cette diversité s'accompagne également d'écarts parfois importants dans la maîtrise des compétences attendues à l'entrée d'un cursus.
Pour les enseignants comme pour les responsables pédagogiques, la question n'est plus de savoir si les niveaux diffèrent. Elle est de comprendre comment construire des dispositifs capables de répondre à cette réalité.
Les limites d'un parcours identique pour tous
La plupart des enseignements reposent encore sur un modèle relativement linéaire : une progression commune, un même rythme et des activités identiques pour l'ensemble de la promotion.
Ce fonctionnement présente des avantages organisationnels évidents. Il permet d'assurer une cohérence pédagogique et de structurer l'apprentissage à grande échelle.
Cependant, il repose implicitement sur l'idée que les étudiants progressent de manière relativement homogène.
Or, dans la pratique, les écarts de niveau sont souvent importants.
Les étudiants les plus avancés peuvent rapidement avoir le sentiment de revoir des notions déjà acquises. Ils réalisent les exercices sans difficulté particulière et peinent parfois à trouver un niveau de challenge suffisant pour maintenir leur engagement.
À l'inverse, les étudiants confrontés à certaines lacunes doivent poursuivre leur progression malgré des fondations parfois fragiles. Lorsque les difficultés s'accumulent, le risque de décrochage augmente.
Le même parcours devient alors simultanément trop simple pour certains et trop exigeant pour d'autres.
Les lacunes invisibles, un défi majeur pour la réussite étudiante
L'un des principaux problèmes rencontrés dans l'enseignement supérieur est que les difficultés ne sont pas toujours visibles immédiatement.
Un étudiant peut assister aux cours, participer aux travaux dirigés et produire les travaux demandés tout en conservant des incompréhensions importantes sur certains concepts clés.
Ces fragilités restent parfois invisibles jusqu'à ce qu'elles compromettent la compréhension de notions plus avancées.
Dans des disciplines comme les mathématiques, l'informatique, l'économie ou les sciences de l'ingénieur, où les connaissances s'accumulent progressivement, une faiblesse sur un prérequis peut avoir des conséquences importantes sur l'ensemble du parcours.
L'enjeu devient alors moins de transmettre de nouveaux contenus que d'identifier rapidement les zones de fragilité afin de proposer des actions de remédiation adaptées.
L'ennui des étudiants avancés est aussi un problème pédagogique
Si les difficultés des étudiants les moins préparés sont largement documentées, la situation des étudiants les plus avancés est souvent moins étudiée.
Pourtant, l'absence de défi constitue également un frein à l'apprentissage.
Lorsqu'un étudiant maîtrise déjà une grande partie des contenus abordés, la répétition d'exercices trop simples réduit progressivement son engagement. L'effort cognitif diminue et l'intérêt pour l'activité pédagogique s'affaiblit.
Or, les recherches en sciences de l'apprentissage montrent que la progression repose sur un niveau de difficulté adapté : suffisamment exigeant pour stimuler l'effort, mais suffisamment accessible pour permettre la réussite.
L'objectif n'est donc pas uniquement d'éviter l'échec.
Il est également de permettre aux étudiants les plus avancés de continuer à progresser.
Pourquoi l'adaptive learning apporte une réponse pertinente
Face à cette diversité de profils, les approches d'adaptive learning gagnent en importance dans l'enseignement supérieur.
Le principe consiste à adapter progressivement l'expérience d'apprentissage en fonction du niveau réel de l'étudiant, de ses réponses et de sa progression.
Lorsqu'une difficulté est détectée, le système peut proposer des activités complémentaires, des explications supplémentaires ou des exercices de remédiation ciblés.
À l'inverse, lorsqu'un étudiant démontre une bonne maîtrise d'un sujet, il peut accéder à des activités plus complexes ou à des situations nécessitant davantage de réflexion et d'autonomie.
L'objectif n'est pas de simplifier les parcours.
Il est de rendre l'apprentissage plus pertinent pour chaque étudiant.
L'approche Complement : personnaliser l'apprentissage à grande échelle
Chez Complement, cette problématique est au cœur de la conception des parcours pédagogiques.
La plateforme s'appuie sur des mécanismes d'adaptive learning permettant d'identifier les zones de maîtrise et les points de difficulté de chaque étudiant.
À partir de mises en situation, d'exercices contextualisés et de feedbacks personnalisés, les parcours évoluent progressivement en fonction des besoins observés.
Les étudiants ayant besoin de consolider certains acquis bénéficient d'activités de remédiation ciblées. Ceux qui maîtrisent déjà les compétences attendues peuvent être orientés vers des situations plus complexes favorisant l'approfondissement des connaissances.
Cette approche permet de mieux répondre à l'hétérogénéité des promotions sans multiplier les parcours parallèles ni augmenter significativement la charge pédagogique des enseignants.
Faire de l'hétérogénéité une opportunité pédagogique
L'hétérogénéité des niveaux est souvent perçue comme une contrainte organisationnelle.
Elle peut pourtant devenir une opportunité dès lors que les dispositifs pédagogiques sont capables de s'adapter aux besoins réels des étudiants.
Dans un contexte où les établissements cherchent à améliorer la réussite étudiante, à réduire le décrochage et à accompagner des publics toujours plus diversifiés, la personnalisation des apprentissages apparaît comme une évolution majeure.
La question n'est plus de savoir comment faire avancer tous les étudiants au même rythme.
La véritable question est de savoir comment permettre à chacun d'atteindre les objectifs pédagogiques à partir de son propre niveau de départ.
SOURCES
- Hattie, J. (2008). Visible Learning: A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement
- Clark, R. & Mayer, R. (2023). E-Learning and the Science of Instruction
- OECD. Personalised Learning and Future Skills
- UNESCO. Learning for the Future
- European Commission. Digital Education Action Plan 2021–2027
